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Comment avoir des légumes au jardin toute l’année

Cela fait un peu plus de cinq ans que je m’inspire de l’expérience de Philip Forrer dans mes travaux de jardinage.

J’ai vraiment progressé dans ma pratique, c’est indéniable, les résultats sont là, j’ai encore de la nourriture dans le potager en janvier, février, mars. Il me restait des questions clés à résoudre pour aller plus loin encore, c’est la raison pour laquelle je suis allé rendre visite à ce jardinier hors norme avec Sabine pour approfondir ces points. Voici ce que j’ai appris…
 
1) Philip ne pratique pas la rotation des cultures contrairement à tout ce qu’on m’a enseigné dans le jardinage traditionnel. Je lui ai posé plusieurs fois la question. Il a été clair : les rangées de betteraves sont toujours au même endroit tandis que les pommes de terre sont laissées en terre toute l’année et qu’elles se reproduisent toutes seules partout.
Philip prélève ce dont il a besoin au jour le jour, uniquement. Il nous dit même qu’il y a plus à manger en hiver dans son jardin sous 30 cm de neige qu’en plein été. J’ai testé moi-même ce cas de la patate sur la marelle nourricière réalisée avec les enfants à Aigues-Mortes en 2016 au premier étage de la maison, sur la terrasse en béton : si on ne retourne pas le sol, les pommes de terre repoussent d’elles-mêmes, en continu. Mon erreur consistait à tirer sur les jeunes pousses de l’année suivante pour laisser la place aux tomates en attendant la rotation trois ans plus tard. Non, on laisse tout pousser ensemble. Philip tire ses enseignements de la forêt dans laquelle il vit depuis plus de 35 ans, les végétaux poussent bien avec les arbres et ils ne se déplacent pas. Premier point. Le plus difficile pour moi a ce stade a été de changer mes croyances profondément ancrées, oui, je l’avoue, ça bouscule de changer de point de vue en allant à contre-courant des pratiques communément admises ;
 
2) Le second mystère à éclaircir pour moi a été la question de l’arrosage, comment est-ce possible ? Philip Forrer n’arrose pas son jardin en été, jamais, sauf quand il met des semis en terre ou qu’il repique des plants et que le sol est sec. Sinon, pas une goutte. Là, franchement, il faut le voir pour le croire. Je suis resté deux jours sur place à observer en plein mois de juillet sous un soleil de plomb, et à aucun moment il n’y a une action d’arrosage. Le secret se trouve dans le bois en décomposition. Nous nous rendons au fond du jardin où Philip nous montre la souche d’un arbre qu’il a coupé il y a plusieurs années de cela. Le bois est en état de décomposition avancé. Et qu’est-ce qu’on observe ? Il y a un jeune chêne qui pousse sur cette souche ainsi que plusieurs petits plants de sapins qui sont venus se fixer sur cette réserve nutritive. Or, effectivement, les jeunes arbres continuent de croître et il n’y a pas d’action de l’homme pour arroser. Et ceci est une loi dans la forêt, même en Afrique, les arbres poussent sans intervention humaine. Il s’agit bien de la seconde clé aux questions que je me posais, les réponses à nos pratiques de jardinages sont dans la nature qui est notre enseignante. Par conséquent, il y a toute une attention à porter sur la structure même de la butte auto-fertile avec son bois en décomposition qui se trouve à l’intérieur. Beaucoup de débutants en permaculture enfouissent des branches constituées de bois “mort”. Or souvent, ce bois est sec et il reste sec au fond de la butte. Philip, pour sa part, utilise des troncs d’arbres en état de décomposition avancée, ces bois sont humides et ils le restent au fond de la butte. Les légumes viennent ainsi puiser dans cette ressource leur besoin en eau et en nutriments, cela stimule leurs racines qui se développent en profondeur pour que la plante puisse résister au manque d’eau.
Vous pouvez visionner la vidéo de Philip sur ma page Facebook en train de montrer comment il récupère ses pommes de terre à la main dans ses buttes auto-fertiles sous les pieds de cassis et un peu partout d’ailleurs car les patates “perpétuelles” envahissent tout son potager, c’est EN LIEN ICI.
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7 commentaires sur “Comment avoir des légumes au jardin toute l’année

    1. Bonjour Annick, oui, il s’agit bien de buttes auto-fertiles avec des troncs d’arbres en décomposition au fond.

      Cordialement

      François

  1. Cette méthode a beaucoup de sens pour moi!

    Même s’il y a beaucoup de pluie ici où je vis dans le Pacific nord-ouest des États-Unis (mais pas tellement en été), le bois mort et en décomposition des arbres et des branches tombés est une composante essentielle de l’écosystème de la forêt pluviale tempérée. Il est très facile d’expérimenter dans les forêts qu’il n’y a pas de ligne claire entre la vie, la mort, la renaissance.

    Voici quelques sites discutant de l’écologie des “nurse logs”:

    https://naturesdepths.com/nurse-logs/
    http://magazine.art21.org/2017/06/28/decay-ecology-of-a-nurse-log/#.W1X-Q34nYkg
    http://www.kindofcurious.com/2010/09/life-of-nurse-log.html

    Merci pour tout votre excellent travail!

    1. Bonjour Maura Jess,

      Merci pour la contribution et les liens complémentaires.

      Je ne connaissais pas l’expression de “nurse log” et je me demande comment on peut traduire cela en français.

      C’est intéressant, merci.

      Cordialement,

      François

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