Accueil L’autonomie alimentaire des villes pour 2020 L’Agenda 21 de l’Autonomie Alimentaire des Villes à l’ONU

L’Agenda 21 de l’Autonomie Alimentaire des Villes à l’ONU

Mercredi 13 décembre 2017, François Rouillay a été invité à présenter la feuille de route pour l’autonomie alimentaire des Villes à l’ONU dans le cadre du Forum de Genève.

Voici la déclaration présentée à la tribune – Le saviez-vous ? Il est possible de créer du sol nourricier de haute vitalité en 100 jours, seulement 100 jours ! Ce que la forêt réalise en 10 ans, il est possible de le reproduire en une seule saison, c’est-à-dire en 3 mois et 10 jours, en imitant son mode de fonctionnement. Nous en avons fait l’expérience. En 100 jours, nous avons pu fabriquer 13 cm de sol et produire 100 kilos de légumes sur du béton avec des déchets végétaux, sans argent.

J’ai mené cette expérience simultanément de deux manières :

         – La première expérience a été conduite sur un ancien terrain de tennis situé à Montcalm, en Camargue, afin de pouvoir la reproduire avec des détenus dans l’enceinte d’une prison. L’opération a réussi. Elle a fait l’objet d’une publication dans  “Le guide de la permaculture urbaine” de Carine Mayo aux Éditions Terre Vivante.

         – La seconde expérience a été réalisée sur une terrasse au premier étage d’une maison de ville à Aigues-Mortes. Ce sont 9 enfants de 21 mois à 15 ans que nous avons guidés et instruits, pour réaliser une marelle nourricière de permaculture dans le but de fabriquer du sol sur du béton et produire de la nourriture en 100 jours et sans argent. Nous nous sommes servis du tracé du jeu de la marelle comme design d’un petit potager à la taille des enfants. Cette action fut filmée de manière pédagogique et diffusée en open-source par internet, accompagnée d’un tutoriel en 5 étapes, de sorte à pouvoir la reproduire dans les écoles de la planète qui voudront en faire l’expérience. Les enfants d’Aigues-Mortes ont adressé une dédicace avec ce film, aux enfants d’une école de Maatmeur, en Tunisie, qui à leur tour ont réalisé la marelle nourricière avec une enseignante, Sana Frigui, membre de l’Association Tunisienne de Permaculture. Des photos ont été prises pour transmettre l’expérience à d’autres enfants dans d’autres écoles. Depuis, on voit des petits potagers pédagogiques se répandre d’une ville à l’autre : Bayonne, Montpellier, Toulon, Saint-Étienne, Shinshu sur l’île de Taïwan… pour montrer que les enfants sont capables d’apprendre à fabriquer du sol de haute vitalité et produire de la nourriture avec des déchets organiques et sans argent.

En 2011, lorsque j’ai découvert le film « Vie et mort des sols » de Claude et Lydia Bourguignon, mon monde s’est effondré. J’étais à cette époque, consultant en politiques publiques. Je ne réalisais pas à quel point notre système agro-industriel avait tué les sols agricoles en moins de 50 ans. Cela m’a plongé dans une crise profonde, remettant en question tout le modèle auquel j’étais attaché et auquel je participais, celui de la compétitivité des territoires en France et dans le Monde.

En 1950, il y avait entre 3 et 4 tonnes de vers de terre à l’hectare dans les sols agricoles de France. Eh bien, savez-vous combien il en reste aujourd’hui ? Le savez-vous ? Il y en a moins de 100 kilos à l’hectare, voire plus du tout ! Les vers de terre jouent un rôle essentiel dans la vie du sol, avec plein d’autres micro-organismes, tout en nourrissant les oiseaux et les petits mammifères, maintenant l’équilibre des écosystèmes. C’est ce qui explique l’effondrement de la biodiversité et la mort des sols. Une étude allemande a démontré que 80% des insectes ont disparu en 40 ans. La disparition des insectes entraîne la disparition des oiseaux et la chute de la fécondation des fleurs par les abeilles. C’est la stérilité et donc la mort.

Voyant cela, il ne m’était plus possible de continuer à reproduire le système. J’ai arrêté net, pour me tourner vers autre chose, vers un modèle vertueux qui aggrade les sols au lieu de les dégrader. C’est à ce moment-là que j’ai découvert sur internet, l’expérience citoyenne « Incredible Edible » commencée en 2008 dans le nord de l’Angleterre, à Todmorden. Cette ancienne cité industrielle en déclin, près de Manchester, avait réussi en 3 ans à atteindre 83 % d’autonomie alimentaire grâce l’action de mères de familles qui avaient dit : « ça suffit ! Nous ne sommes pas des victimes, on sait cuisiner, on sait jardiner, alors on va partager ! ». Mary Clear et Pam Warhurst venaient d’inventer l’agriculture urbaine de 3ème génération en mode open-source, c’est-à-dire, l’ouverture de l’espace public pour produire de la nourriture à partager avec l’aide des techniques de jardinage respectueuses de la nature et de la santé.

Ainsi, en décembre 2011, j’ai pris contact avec Marie Clear pour me mettre bénévolement au service de ce mouvement citoyen dans le but de l’importer en France et le propager aux quatre coins du monde. Je me suis servi de mon expérience des démarches participatives citoyennes pour mettre au point une méthode en 5 étapes permettant à tout citoyen d’engager le processus participatif là où il est. En trois ans, j’ai accompagné le démarrage et le développement de programmes dans plus de 1200 villes au sein d’une quarantaine de pays. Jusqu’à fin 2014, je n’ai cessé de propager ce mouvement qui fut présenté à la demande de l’UNESCO, à la 5ème université de la Terre en présence du prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus, développé avec l’aide de Pierre Rabhi auprès des 70 000 membres du mouvement Colibris, ou fait l’objet de la 1ère partie du film « Demain » et dans bien d’autres manifestations et publications.

Depuis début 2015, je me suis posée la question suivante : après les bacs de nourriture à partager, on fait quoi ? Eh bien, on doit développer d’urgence la restauration des sols et l’autonomie alimentaire des villes pour toutes les communautés humaines qui veulent en faire l’expérience sur la planète, ce qui m’a conduit, avec ma compagne, Sabine Becker, à proposer les expériences de fabrication de sol nourricier dont j’ai parlé au début de cette présentation, et à créer une feuille de route pour l’autonomie alimentaire comportant 21 actions qui seront présentées en commission, car l’autonomie alimentaire ça s’apprend et c’est l’affaire de tous !

François Rouillay
Conférencier-Formateur en Permaculture Urbaine et Autonomie Alimentaire des Villes

Extrait vidéo ci-dessus d’une présentation de l’Agenda 21 de l’Autonomie Alimentaire des Villes à Tunis le 13 juillet 2017 lors d’une conférence pédagogique animée par Sabine Becker et François Rouillay à la Maison des Enfants.

L’Agenda 21 de l’Autonomie Alimentaire des Villes à l’Horizon 2020 est un guide pour l’action collective comprenant 21 actions co-crées gratuitement en open-source pour toutes les communautés humaines qui veulent en faire l’expérience sur la planète. Le document est présenté dans le menu du site à la page Agenda 21 en lien ICI. Il est actuellement traduit en anglais, en chinois, en malgache et prochainement en arabe, début 2018. D’autres versions seront traduites dans d’autres langues au cours de l’année.

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *