Accueil La marche du sol “L’autonomie alimentaire semble moins inaccessible qu’il n’y paraît !”

“L’autonomie alimentaire semble moins inaccessible qu’il n’y paraît !”

Le journal Corse-Matin de vendredi 6 juillet 2018 pose la question dans ses colonnes et ouvre le débat : “La Corse peut-elle nourrir ses habitants ?”

L’autonomie alimentaire : certains y voient une utopie, d’autres un projet d’avenir. La Corse pourrait-elle un jour se passer d’aliments importés ? Pour l’heure, le “consommer local” trace son sillon. Et les circuits courts s’organisent…
 
Corse-Matin – De la farine de châtaigne d’Orezza, de la farine de blé d’Aleria, du saindoux de l’élevage porcin voisin, du miel local : malgré sa simplicité, la recette de ce cake est un brin révolutionnaire. “J’ai voulu développer une petite gamme de produits 100 % locaux pour montrer que c’est possible”, dans sa pâtisserie de Parata d’Orezza, Aurélie Piazza-Leoni veut faire la part belle aux productions locales.
 
“On parle beaucoup d’autonomie politique mais il faudrait déjà que l’on réapprenne à s’alimenter”, estime la jeune femme. Même constat du côté de Ghisonaccia, où Jean-Pierre Antonelli, gérant du restaurant A Terrazza, met cet été le nustrale à l’honneur. Viande bovine de l’association Carne Niulinca, fromages de bergers locaux, moules de Diana : “C’est un engagement politique et culturel de défendre la production corse”, assure-t-il.
 
Ne plus mettre dans son assiette que des produits corses : ce serait un pas vers ” la liberté “, renchérit François Rouillay, formateur en permaculture et promoteur de l’autonomie alimentaire. “En Corse, comme ailleurs, si les approvisionnements de l’extérieur s’arrêtaient, il n’y aurait que 3 jours de stocks de nourriture”, chiffre-t-il. Il suffit de se pencher sur le contenu de nos assiettes pour le vérifier : selon une étude du cabinet Utopies, réalisée en mai 2017, la part du local dans la totalité des produits agricoles consommés par les ménages est de 2 % en moyenne dans les villes françaises. La Corse ne déroge pas à la règle : Bastia affiche une autonomie alimentaire de 2,66 % et Ajaccio de 1,88 %. Pourtant, François Rouillay l’assure : en quatre ans, la Corse pourrait atteindre les 80 % d’alimentation locale. “Il y a un siècle, chaque village produisait localement pour sa consommation. Aujourd’hui, les terrasses sont abandonnées. Qu’est-ce qui empêche les communes d’y réimplanter des jardins ?”
 
C’est aussi ce que pense Marie-José Sicurani, qui, pour son hôtel Monte d’Oro à Vizzavona, a voulu passer au bio et au local. Sur un ancien terrain de tennis reconverti en potager, l’hôtel expérimente la permaculture, une méthode qui s’inspire du fonctionnement naturel des écosystèmes. Ce jardin fait partie d’un plus vaste projet dans la vallée de la Gravone qui devrait, entre autres, démontrer que l’autonomie alimentaire est possible à l’échelle d’un territoire.
 
Mais serait-elle possible à l’échelle de l’île, avec un nombre croissant d’habitants, des contraintes géographiques immuables et des conditions climatiques qui ne semblent pas s’améliorer pour l’agriculture ? ” On sait aujourd’hui aménager les terrains pour récupérer chaque goutte d’eau de pluie et apporter du compost pour enrichir la terre”, note François Rouillay. Et du compost, la Corse n’en manque pas, rappelle Jonathan Curti, de l’association Recyclacorse : “Si on faisait du compost au lieu de brûler nos déchets végétaux et d’enfouir nos déchets biologiques, on serait en mesure de transformer un grand nombre de terrains inutilisés en sol arable.” Sans compter les terres déjà cultivables et non exploitées : selon les évaluations menées en amont de la rédaction du Padduc, sur les 105 000 hectares de terres ” à forte potentialité et facilement accessibles” de l’île, seulement 55 % sont exploités. L’autonomie alimentaire semble donc moins inaccessible qu’il n’y paraît. On ne pourra, a priori, jamais produire du café, du thé, du cacao ou des bananes corses.
 

Mais pour le reste, aller vers plus de consommation locale “est dans notre logique de changement de société”, affirme Lionel Mortini, président de l’Odarc. “Il faut pour cela aider les exploitations agricoles à se diversifier et soutenir les circuits courts.”

 

Source – Un article signé Audrey Chauvet dans Corse-Matin du 6 juillet 2018.
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