Accueil La Permathérapie PERMATHERAPIE – « Demander est un don offert à l’autre lui permettant d’être au service d’autrui ».

PERMATHERAPIE – « Demander est un don offert à l’autre lui permettant d’être au service d’autrui ».

Billet 25 – Le don de la demande –

Dans le cadre de la permathérapie et de l’agriculture urbaine en open source, le partage constitue l’une des vertus majeure, sujet développé dans le billet n°4, auquel vous pouvez vous rapportez.

Lorsque je partage quoi que ce soit : temps, travail, nourriture, connaissances…, je donne et l’autre reçoit ; apparaît alors un échange, une relation qui s’établit par une demande et un don.

Une phrase m’est venue un soir : « La demande est un don offert à l’autre lui permettant d’être au service d’autrui ». Cette idée m’a bousculée, m’a fait réfléchir et m’a permis de porter un nouveau regard sur le don et sur la demande et ce, bien évidemment, dans le cadre du travail sur Soi.

Avançons pas à pas en abordant le don puis la demande.

Le don

Je vous propose d’observer en vous (sans jugement, ni interprétation, ni justification – «La Noble Tâche» explique comment observer), l’intention sous-jacente qui vous habite lorsque vous procédez à un don.

Par exemple : que se passe-t-il en moi lorsque j’installe un bac de nourriture à partager devant chez moi ? Est-ce que je fais cela suite à une proposition d’un ami ?  Parce que c’est la mode et que j’aime suivre la tendance ? Parce que l’ai vu quelque part et que cela m’a aussitôt donné envie de faire de même car j’ai ressenti que cela faisait sens pour moi ? Est-ce que je suis en attente que quelqu’un vienne me complimenter ? Suis-je dans le don total de ce qui aura été produit comme plantes comestibles ? Ai-je peur d’être volé ? Veuille-je convaincre d’autres personnes de faire pareil ? Etc., etc…
Voilà bien des situations intérieures qui, si nous les examinons de près, portent travail sur soi.

Voyons les différentes manières et intentions sous-jacentes à l’acte de donner.

Manières : Je donne suite à une demande explicite ou bien sans qu’aucune demande ne m’ait été formulée.

Intentions : Je donne sans attente d’un retour, c’est un don sans condition ou bien je donne dans l’attente d’un retour, c’est un don avec condition.

Ainsi en mélangeant ces quatre situations nous obtenons les différents cas suivants :
Je donne suite à une demande et avec attente de retour.
Je donne sans demande et avec attente de retour.
Ou bien, je donne sans demande et sans attente de retour.
Je donne suite à une demande et sans attente de retour.

Dans le don et la demande il faut être deux (au moins). Mettons-nous maintenant du côté du demandeur.

La demande

On retrouvera les mêmes situations que pour celles du don : demande avec ou sans conditions.  Cependant la demande peut aussi ne pas être exprimée comme on le verra plus loin.

Ce qui fait : je demande et ne conditionne pas ma demande ou encore, je ne demande pas, mais attends un don.
Autres possibilités, je n’ai pas demandé mais j’ai reçu un don, ou je demande et conditionne ma demande.

Je vais prendre des exemples dans l’ordre décrit ci-dessus.

« J’ai besoin d’aide s’il te plaît pour porter ce panier, veux-tu bien m’aider » ?  J’exprime clairement ma demande et attends d’être aidée.
« S’il pouvait m’aider à porter ce panier, bon sang il est lourd » ! Je n’exprime pas ma demande et espère être aidée, j’attends un don.
« Oh, je te remercie de m’aider à porter mon panier, c’est super »! Je n’ai pas exprimé ma demande et suis aidée quand-même.
« S’il te plait, aide-moi à porter ce panier, je te ferai un gros bisou ». J’exprime ma demande en échange d’un don.

Alors maintenant si on mélange tout ça, je veux dire les intentions sous-jacentes du donneur ainsi que celles du demandeur, vous voyez la pagaille qu’il peut y avoir alors que personne ne se rendrait compte de rien, sauf parfois quelques perturbations émotionnelles, des déceptions, des attentes non satisfaites, des disputes mêmes, des incompréhensions, ou au contraire, de la joie ?

Continuons à avancer et revenons à la phrase « La demande est un don offert à l’autre lui permettant d’être au service d’autrui ».

Mais d’abord, que signifie service d’autrui ? C’est rendre service, être au service, prendre soin de l’autre. Ah ! Voilà un des éléments de la permathérapie.  C’est avoir un comportement altruiste, généreux, spontané.
Un comportement inverse pourrait être qualifié de service à Soi. Mais attention à ne pas confondre avec l’amour de soi qui fait l’objet du billet n°22

Le service de soi sert la personnalité, l’ego, et il est très complexe et difficile de ne pas le faire, c’est comme une question de vie ou de mort. Le service de soi est donc vital ici sur Terre, afin de pouvoir se nourrir, se loger, se soigner, se mettre en sécurité en répondant à ses besoins primaires. Nous prélevons ce dont nous avons besoin pour vivre, pour rester en vie. La tâche qui nous incombera dans notre parcours terrestre sera alors de répondre au besoin véritable ce qui induira de pratiquer la simplicité et l’humilité, grâce à l’intégrité notamment. Cependant, il n’en est pas toujours comme cela. En effet le service de soi mal dosé si je puis dire, m’amène à trop prendre, à me servir, à engranger, à amasser plus qu’il n’en faut lorsque j’ai peur de manquer, ce qui me conduit à imaginer et donc à la créer, la pénurie. Dans ce processus, la peur ne se calme jamais, c’est un engrenage sans fin qui crée notamment la spéculation, c’est-à-dire la création d’une richesse fictive rendue réelle, sur-amplifiant le processus systémique des écarts de richesses matérielles et donc créant de plus en plus de peurs.
Dans ce cadre, je considère aussi l’autre comme susceptible de prendre « mon bien » me réduisant à me défendre en créant des barrières mais aussi comme une « source d’approvisionnement » que je peux acquérir de plusieurs manières : par la force, la ruse, la gentillesse, la manipulation, l’influence, la bagarre, la guerre… Cette attitude sépare bien évidemment, elle est révélatrice de l’ampleur des propres peurs qui nous habitent.

Le service d’autrui est une tout autre posture intérieure qui permet la prise en compte et le respect de l’Autre et de la vie dans la satisfaction de mes besoins propres. Je suis conscient du fait de les combler sans diminuer considérablement les chances de vie harmonieuse pour autrui. La loi du partage et du juste prélèvement permet d’améliorer considérablement le rapport à l’Autre et à la Terre dans le meilleur respect possible de la vie.
Le service d’autrui m’amène aussi à apporter ma pierre à la richesse de la vie en donnant le meilleur de moi-même : soins, aides, soutiens, réparations, créations, échanges, dons sans attente de retour.

Vous l’aurez compris, ici sur Terre, nous sommes dans un espace de compétitions où le service de soi prédomine assurément, cependant qu’émergent dans ce contexte de survie selon le choix de chacun,  des espaces de partage, de don, de collaboration, d’entraide et de bonnes volontés qui donnent sans compter. Dans ce cadre qui choisissons-nous d’être ?

Le discernement dans l’acte de demander et de donner : qui je nourris ?

Alors, quand je suis sollicitée par une demande et que j’envisage d’y répondre, un des aspects du travail sur soi va consister à discerner qui je nourris chez l’autre et chez moi ? Est-ce nos personnalités et nos ego renforçant leurs travers ? C’est-à-dire la peur du manque ? Le désir d’être aimé, de plaire, donc d’être aimable ? Ou bien est-ce nos Soi les aidant à grandir, à redonner en retour, en aidant la partie de nous qui n’attend pas de conditions, celle qui est au service d’autrui ?

Lorsque je sais discerner ce que je nourris en moi quand je formule une demande, je peux alors aussi discerner ce que je vais nourrir chez l’autre en répondant à sa demande.
J’ai ainsi tout loisir de dire oui ou non merci en choisissant en conscience, qui je désire nourrir.

Ainsi je vais apprendre avec la pratique et en restant en vigilance, à savoir si d’une part, je réponds à une demande inconditionnelle en étant centrée, et d’autre part à savoir discerner si j’y donne suite par soucis de plaire et d’être aimé, guidé par une peur ou une croyance que je me suis fabriqué.
Notons qu’une demande est inconditionnelle si, quelle que soit la réponse apportée, cette dernière n’entachera en rien l’amitié, la relation ou l’amour envers la personne à qui nous avons demandé.

Se rendre compte que parfois on ne sait pas demander.

Si je ne demande pas, comment la personne de qui j’attends un don, va savoir quel est mon besoin ? Comment pourrait-elle connaître mes aspirations, comment communiquer avec elle ? Je ne parle pas ici d’échanges d’opinions qui en général ne mènent pas très loin. Je parle d’une communication réelle, celle qui permet des échanges nourrissants. Formuler une demande claire me permet de découvrir quel est mon réel besoin et de mesurer s’il est juste ou au contraire commandé par une croyance ou une peur erronées. C’est l’occasion ici de cultiver les vertus de la transparence et de l’intégrité.

Récapitulons.

Dans le cadre de la Permathérapie, prendre soin de Soi est exigent. C’est l’exigence du travail sur Soi pour être notamment au service d’Autrui – prendre soin de l’Autre -, de manière juste. C’est l’expérience de l’amour pur. La manière juste s’acquiert avec le discernement qui lui-même s’acquiert avec une pratique du travail sur soi par différentes voies, mais qui passent inévitablement par la compréhension et l’observation de notre propre fonctionnement mental et émotionnel.

Ainsi, lorsque je partage, je donne et je reçois, c’est l’occasion de discerner qui je nourris. De même, lorsque je réponds à une demande, est-ce que je nourris la personne qui a peur et qui a besoin de prendre ou celle dont sa demande ne dépend de rien, donc qui n’éprouve pas de peur et de besoin d’accaparer ou d’accumuler ?

Également, lorsque je formule une demande qui correspond à un réel besoin, est-ce que j’ai conscience, lorsque celle-ci est intègre, que je permets à l’autre d’être sincèrement au service ?

Je vois là une sorte de libération collective, une belle entraide mutuelle.

Tout ceci est bien subtil n’est-ce-pas ?

Je vous propose d’échanger sur ce sujet. Apportez vos remarques, vos observations et expériences, car nous nous dirigeons vers la société du partage dans le cadre de l’autonomie alimentaire et l’équilibre doit-être trouvé en nous pour que cela s’accomplisse de manière harmonieuse, c’est-à-dire en diminuant la part de la peur du manque qui existe en nous au bénéfice de celle qui est au service d’autrui.

Sabine Becker
1er mai 2017

Crédit photo : François Rouillay – Rennes

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